L’action de l’Église face à l’esclavage dans les Antilles

Annick François-Haugrin et al., Histoire de l’antiesclavagisme catholique en Martinique, éd. Association diocésaine de la Martinique, 2019, 129 p.

L’archevêque de la Martinique, Mgr David Macaire, a suscité la publication de cet ouvrage pour que l’antiesclavagisme catholique en Martinique puisse être mieux connu et mis en valeur. De fait, la mentalité des Martiniquais reste marquée en profondeur, actuellement, comme d’autres populations (Guadeloupe, Haïti, Guyane, Réunion), par l’histoire du fléau de l’esclavage. Il en va de l’identité intime des personnes comme de la population et de la vie de l’Église, et d’un appel à la justice pour arriver à une réelle prise de conscience et à une indispensable « réconciliation réparatrice » (Mgr Macaire).

En référence à l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, une « équipe Cap 170 » (1848-2018), de laïcs et de prêtres (pères Jean-Michel Monconthour, Pierre Henderson, Benjamin François-Haugrin, Gilles Danroc o.p.) a travaillé avec la coordonnatrice, docteure en histoire. Les critiques envers l’Église sont rappelées : instrumentalisations ouvrant sur des compromissions avec le système colonialiste et esclavagiste. De là, une utile chronologie mentionne les prises de position de l’Église (condamnations fermes…), les repères historiques fondamentaux et l’histoire propre à la Martinique. L’action de Victor Schoelcher est bien située dans son rapport à l’Église, mais sans oublier l’action, déterminante aussi, de bien des prêtres et religieux abolitionnistes. La question centrale est posée : concernant ce « crime contre l’humanité », ses séquelles et souffrances, quelles formes d’humanisation et de réparation sont possibles ? De façon insistante et fructueuse, la réflexion est appuyée sur la Doctrine sociale de l’Église comme sur la Parole de Dieu (les Hébreux esclaves en Égypte et libérés ; saint Paul dans l’épître à Philémon…). En finale, les auteurs ne manquent pas d’évoquer la figure de sainte Joséphine Bakhita, cette esclave soudanaise du Darfour venue à la foi chrétienne, à la liberté, et au don d’elle-même.

Ce livre s’accompagne de la publication, avec la préface de Mgr David Macaire, d’un Cahier de l’Observatoire socio-politique de l’Église en Martinique (OSPREM) : Esclavage, souffrances et réparations (2019, 99 p.). Les contributeurs y développent des perspectives liées à la Doctrine sociale de l’Église, notamment, de réparation, de libération. Au cœur de ces souffrances séculaires et si présentes, ces deux ouvrages ont le mérite du courage et de l’espérance. Ils contribuent à répondre à la « soif de vérité » qui attend la prise de conscience de tous au sein de la société et de l’Église.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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