Pierre Boulez : le « passeur d’un savoir dont il était le dépositaire clairvoyant et inspiré »

Bruno Serrou, Entretiens de Pierre Boulez, [Château-Gontier], Aedam Musicae, 2017, 268 p, 22 €

La personnalité et la musique de Pierre Boulez (1925-2016) sont extrêmement marquantes pour la culture de notre pays. Son décès en 2016 a conduit le journaliste Bruno Serrou à rassembler des entretiens réalisés entre 1983 et 2013. Il montre ainsi l’importance du maître pour la musique contemporaine. Bruno Serrou a découvert Boulez enfant, par le biais de ses parents : son père est Robert Serrou, lui-même décédé en 2016.

Il faut, de surcroît, ajouter que les entretiens de Pierre Boulez avec Gérard Akoka (Minerve, 2015) et Michel Archimbaud (Gallimard, 2016) ont également été publiés.

Un monde de la culture

Le premier concert dirigé par Pierre Boulez a eu lieu à Caracas au cours d’une tournée de la compagnie Renaud-Barrault. C’est à cette époque (1956) que Boulez rencontre l’écrivain et musicologue cubain, Alejandro Carpentier, mort à Paris en 1980 (p 36).

Boulez dit n’être pas attiré par la direction d’œuvres issues du répertoire classique et notamment celles de Bach (p 174-175). Il est pourtant, lui-même, un incontournable : Sony Classical publie en 1991 une Édition Pierre Boulez à l’égal seulement alors de Glen Gould et de Leonard Bernstein (p 35).

Les entretiens évoquent également à plusieurs reprises l’écriture de l’opéra (p 69, 203-211). Pierre Boulez montre là son exigence à l’égard d’un librettiste potentiel… Le musicien explique aussi l’importance de l’électronique dans sa musique et notamment de l’évolution des logiciels. Il explique aussi la différence de philosophie entre l’informatique et les instruments acoustiques (p 99-100) montrant tout le travail de théorisation qu’il a mené.

L’enseignement d’Olivier Messiaen

Olivier Messiaen a été brièvement le professeur de Boulez. Il était alors « considéré comme un marginal, un excentrique, une exception », un pédagogue aussi, inculquant à l’élève l’idée d’indépendance par rapport à son professeur (p 28). Boulez a découvert Messiaen au cours d’un concert où il a été frappé par le « langage complètement différent de ceux que j’entendais habituellement, un langage extrêmement séduisant » (p 146). Il fut séduit au point de rencontrer Olivier Messiaen chez lui à Paris durant l’été 1944 (p 61-62). Tout ce livre d’entretiens est traversé par la présence de Messiaen dans l’itinéraire de Pierre Boulez.

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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