Prendre soin de la création

François Bal, Notre terre, éloge de la frugalité, Perpignan : Artège, 2020, 169 p., 14 €.

François Bal est un laïc marié, père de trois enfants, membre d’une communauté Foi et Lumière depuis 1974, ancien directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées (O.C.H.). Sur un ton entraînant et vigoureux, l’auteur alerte ses lecteurs en insistant sur le « notre » : « Nous aimerions pouvoir dire ‘notre terre’ comme nous disons ‘Notre Père’… Que faire pour que le mot ‘notre’ devienne réalité ? » (p. 8, 73). Le titre de François Bal, comme sa perspective, est proche du propos du pape François dans son ouvrage Notre Mère la Terre : une lecture chrétienne du défi de l’environnement (Salvator, 2019).

En première partie, François Bal souligne l’objectivité de l’injustice dans le monde devant tant de situations touchant au « drame » : la surconsommation des uns, et, non loin de là, tous les sans-toits, sans eau, sans soins, sans biens… Les biens de la terre sont retenus dans les mains d’un certain nombre, qui les confisque, et non pas répartis entre tous. Or, bibliquement (Genèse…), la terre et ses biens sont un don de Dieu destiné à tous. De ce fait, l’auteur indique l’enseignement social de l’Église qui souligne « la priorité de la destination universelle des biens de la terre » (Gaudium et Spes), la « propriété juste » ou le « nécessaire et convenable ». Quel droit à la propriété privée, jusqu’où ? François Bal questionne spécialement la transmission des biens.  Quel est l’« héritage juste », et quelle est sa justice ? Une doctrine de la juste propriété s’est élaborée au fil du temps, mais quelle est sa pertinence actuelle ? Autrefois, des parents de 50 ans transmettaient leur héritage à des enfants dans le besoin en entrant dans la vie active. Maintenant, des parents de plus de 80 ans transmettent à des enfants bien installés. L’État essaie de réguler pour le bien commun. La notion d’héritage juste n’est-elle pas à réviser ? (p. 62, 147). Avec les Pères de l’Église, saint Augustin incite, lors du partage de l’héritage, à faire une part pour le pauvre, pour Dieu lui-même le Pauvre : « Tu as trois enfants, compte quatre pour le partage de tes biens » (p. 75). L’auteur analyse avec précision dans les Évangiles les rudes propos de Jésus sur la richesse cumulée pour soi (Lazare et le riche, Lc 16). Mais l’appel du Christ au détachement total est clair, exigeant, et adressé à tous, comme au jeune homme riche : « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis-moi » (Mt 19, p. 52 et suivantes). Il s’agit d’un partage fraternel des biens comme l’illustre le Jugement dernier (Mt 25,31). En pointant les enjeux des notions de patrimoine et d’héritage, François Bal appelle à « avancer » à la rencontre des pauvres avec l’encyclique Laudato Si’ (2015) du pape François pour des « relations vraies » avec tous. En attendant, pour Jésus, les injustices des disparités, « c’est toute son agonie » (p. 57).

En deuxième partie, François Bal propose des chemins urgents de justice concrète. Il se réfère aux appels pressants de l’Église, trop mal connus ou trop oubliés. Dans la perspective du récent enseignement social de l’Église, face à la « gourmandise » envers les biens jusqu’à l’« insatiabilité » (p. 87), il fait « l’éloge de la frugalité », de la simplicité de vie, proche de la « sobriété heureuse » selon l’idéal de Pierre Rabhi, et particulièrement selon l’encyclique du pape François pour une « conversion profonde à l’écologie intégrale » car « l’écologie intégrale entend à la fois le cri de la terre et le cri des pauvres ». Ce style de vie frugal est vraiment pour tous, une « affaire de famille », et une perspective d’éducation des enfants et des jeunes : « les habituer à une vie frugale », au « nécessaire et convenable » (p.103). Bref, « un combat de chaque jour » et une véritable spiritualité. De là, l’auteur nous donne à méditer des passages des Évangiles et de saint Paul, entre autres, pour que « notre terre » soit le fruit heureux de notre cohérence avec le Notre Père, car c’est « une prière d’engagement à sanctifier [son] Nom, à faire [Sa] volonté » (p. 137).

Une utile bibliographie est donnée en bas de page (Jacques Maritain, Léon Bloy, Pierre Rabhi, Édith Rinfret, Jean-Marie Lustiger, Hans Urs von Balthasar, Émidio-Marie Ubaldi, Gaultier Bès). Une annexe regroupe des extraits importants sur des points forts de l’enseignement social de l’Église : saint Thomas d’Aquin, les Catéchismes (diocèses de France, des évêques de France et de l’Église catholique), Vatican II. Comme la crise sanitaire de la covid-19 incite à regarder les court et long termes, ce livre fraternel et énergique est particulièrement mobilisateur pour regarder les injustices présentes avec vérité à la lumière des paroles du Christ dans l’Évangile. Il nous engage tous à construire ensemble un monde réellement plus juste vers la plénitude du Royaume de Dieu.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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