Une analyse politique de la crise actuelle

Roland Cayrol, Le président sur la corde raide. Les enjeux du macronisme, Paris : Calmann-Lévy, 2019, 246 p., 17,50 €. 

Roland Cayrol, politologue du Centre d’études de la vie politique française (Cevipof-Sciences Po) a déjà publié, entre autres, Les raisons de la colère. L’élection de la dernière chance (Grasset, 2017), Opinion, sondages et démocratie (Sciences-Po, 2011) et Le Grand Malentendu, les Français et la politique (Seuil, 1994). Ici, sur le fond de la crise actuelle des « Gilets jaunes » sur les ronds-points (p.125, 188, 223…), Roland Cayrol analyse « les enjeux du macronisme » sur un ton alerte et documenté. Tout d’abord, « les habits neufs du président Macron » essayant de susciter un espoir pour l’Europe, et un renouvellement de la politique française. Puis l’analyse des « erreurs et trébuchements » quand Emmanuel Macron est perçu comme président des riches, d’un État technocratique, d’une République impériale, contre les corps intermédiaires, et maniant « le mépris, l’arrogance, les petites phrases ». De là, la question essentielle : « Que faire ? », sachant qu’ « on ne change pas la société par décret » (p. 219, citant Michel Crozier). L’auteur fait remarquer que déjà, au congrès du Parlement à Versailles en juillet 2018, le président a voulu « esquisser un ‘an II’ du macronisme » (p. 184) en se positionnant en faveur, souligne Roland Cayrol, d’une « République citoyenne, contractuelle, travaillant avec les corps intermédiaires, les partenaires sociaux et les élus de tous niveaux » (p.188). Pour tenir le cap, le président doit prioriser certains aspects, dont l’écologie, car « l’écologie s’impose comme un pilier incontournable (mais souvent délaissé) de l’idéologie macronienne » (p. 206 ; cf. p. 240). En conclusion, Roland Cayrol assure qu’ « il faut à Emmanuel Macron accepter crânement de travailler ‘avec’ la société en permanence. Avec tous ses corps intermédiaires, élus nationaux et territoriaux, associations, syndicats et partenaires sociaux, entreprises, Églises et confessions (et non-croyants), médias et journalistes. Et avec tous les citoyens » (p. 244). Bref, l’auteur appelle à construire ensemble « une action collective d’avenir » (p. 189), pour « notre pays et pour l’Europe », et pour le monde (p. 242) dans la responsabilisation de chacun pour une « démocratie pluraliste de progrès » (p. 243).

Le lecteur apprécie d’avoir ainsi des éléments d’analyse « insistant sur la gravité de la situation politique que nous vivons » (p. 239). Il peut aussi croiser cette lecture avec les repères du précieux document du Conseil permanent des évêques de France : Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique (co-éd. Bayard, Cerf, Mame, 2016, 96 p.). A Gap, ce texte a été analysé lors d’un débat.

Il y est souligné la nécessité de refonder un projet de société centré sur le bien commun, concerté, assez lisible pour être entraînant auprès de l’ensemble des citoyens.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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