Au nom de la terre

Joël Robin, Au nom de la terre, la foi d’un paysan, Paris : éd. Presses de la Renaissance, 2001, 270 p., 17 €.

Ce livre n’a pas perdu de son actualité et de sa force, bien au contraire. Il est de lecture passionnante, est à la fois un récit autobiographique, une réflexion, et un témoignage, souvent émouvant, de vie et de foi chrétienne dans le contexte évolutif du monde paysan. C’est, d’abord, l’enfance de Joël Robin, né en 1935, dans les Deux-Sèvres: son ancrage définitif dans le milieu paysan de la Gâtine avec l’agriculture et l’élevage, le rythme des labours, des semailles, et des vendanges. En deuxième partie, « les grands changements »: l’arrivée du tracteur, l’apport décisif de la Jeunesse agricole catholique (JAC), mais aussi la rude épreuve de la guerre en Algérie: la confrontation à la peur, la prière spontanée, et le refus de la torture. Au retour d’Algérie, la rencontre avec Jeannette par le biais de la JAC, leur mariage « à l’aube de mai 68 », l’installation à la ferme et la création du groupement GAEC.

Avec l’énergique Jeannette, Joël porte la vie familiale et la naissance des six enfants en même temps que des responsabilités dans le syndicalisme paysan et au Mouvement Chrétiens en monde rural (CMR). Joël et Jeannette sont fidèles à la vie paroissiale et à la prière quand Joël rencontre, à Poitiers, un groupe de prière de Renouveau charismatique, de l’Emmanuel. C’est alors la troisième partie: « Une rencontre qui a changé ma vie ». Joël en vient à « reconnaître quand Dieu intervient ». Joël et Jeannette prennent les dispositions pour participer, chaque semaine, avec d’autres couples, à une « maisonnée », une soirée de prière de louange et de partage sur leurs situations respectives. En faisant l’expérience de l’effusion de l’Esprit Saint, Joël ressent la puissance de la foi qui le dynamise dans sa vie familiale et son travail. Il découvre autrement le visage de l’Eglise, la mission des prêtres et des la laïcs pour des collaborations stimulantes.Sur ce parcours d’une vie si dense, les épreuves ne manquent pas: un fils qui frôle la mort, un incendie, des incompréhensions, un échec aux municipales,.., mais la foi est une force étonnante, surtout après l’effusion de l’Esprit Saint.

Dans un style très vivant, Joël Robin nous montre comment il vit de façon dynamique son attachement à sa vie paysanne, sa vie familiale, son travail et ses engagements de foi communautaire. Bref, de façon réaliste et dynamisée par la foi, une vie de contemplation tout en « servant dans l’unité et l’accueil des autres », comme « un beau chant dans les champs ». Et l’auteur termine par un hymne à  » Ma terre… Tu es le berceau de la Vie ! ». Cet hymne plairait beaucoup à Teilhard de Chardin, et il rejoint bien les accents du pape François dans l’encyclique sur l’écologie intégrale « Laudato Si' ».

Dans la Préface, à partir de l’expérience de Joël et de Jeannette, Mgr Albert Rouet réfléchit sur le rôle des Mouvements chrétiens comme la JAC, le CMR, le Renouveau charismatique, au coeur des profondes mutations de la vie rurale et l’attachement à la vie de l’Eglise pour que l’éveil à la vie communautaire soit aussi fructueux que possible. Il se réjouit de ce que Joël Robin apporte ici « un regard lucide et contaemplatif sur la beauté qui se cache derrière l’ordinaire des jours ». Ce livre est ainsi précieux pour les citadins désirant mieux connaître la vie rurale, comme pour les ruraux désirant relire leurs choix de vie familiale et d’engagements pour vivre « au nom de la terre », et du ciel.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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