Catholiques et écrivains : un destin de la littérature

Richard Griffiths, Essais sur la littérature catholique (1870-1940) : pèlerins de l’absolu, Paris : classiques Garnier, 2018, 285 p., 35 €.

L’auteur de ce livre, le père Richard Griffiths, est prêtre anglican et professeur de littérature française à Londres. Il publie depuis 1959 et ce livre regroupe des articles déjà diffusés après 1966, parfois modifiés en fonction d’avancées de la recherche.

Les quatre premières des cinq parties sont consacrées à des écrivains ayant marqué le monde intellectuel entre deux défaites françaises, celle de la guerre franco-prussienne (1870-1871) et celle de 1940, Karl Joris Huysmans, Léon Bloy, Paul Claudel, Maurice Barrès et Ernest Psichari. La dernière partie place, en trois textes, des écrivains dans un contexte particulier : « Bloy, Jünger et l’apocalypse hitlérien » (p 205-225) par exemple.

Dans « le mythe d’À Rebours » (p 17-36), Richard Griffiths dresse un portrait très nuancé de son auteur, Karl Joris Huysmans (1848-1907) qui, dans sa correspondance sur son œuvre, se conforme « aux opinions de ses destinataires » (p 17) tout particulièrement au moment de sa conversion. Richard Griffiths souligne qu’À Rebours possède plusieurs niveaux de signification entremêlés.

À partir de 1880 (p 229) « la relation entre le Bien et le Mal devient une préoccupation centrale. En témoignent les romans de Huysmans. Dans Là-bas, Durtal, parlant du monstre satanique Gilles de Rais dont il est en train d’écrire l’histoire, souligne le fait que chez cet ancien compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, chez ce ‘mystique’, les aspirations vers le Bien et le Mal peuvent très bien coéxister dans la même personne ». À l’inverse, Claudel (p 230) imagine « un péché qui enseigne aux mortels l’existence du surnaturel, et qui les mène à Dieu ».

Concernant Gilles de Rais, aujourd’hui encore il est nécessaire de mieux centrer la problématique comme nous l’avons suggéré ici. Qu’il ait été compagnon d’armes de Jeanne d’Arc ou pas ne change rien aux faits établis, commis pour la plupart après l’exécution de Rouen (1431), tel les meurtres de Perrot Dagaye en octobre 1438 ou de Guillaume Avril puis Bernard Le Camus dans l’été 1439. Les auteurs du XIXe siècle, romanciers et historiens, ont permis de mieux comprendre le phénomène médiéval Gilles de Rais, à la fois personnel et collectif, qui tient du religieux, de la psychologie et de la sociologie, parfaitement analysé par l’abbé Eugène Bossard en 1886 (Là-bas de Huysmans date de 1891) et décrit par le magistral Le procès de Gilles de Rais publié par Georges Bataille (1965).

Dans « Le mythe du centurion, Psichari entre l’Islam et le maurrassisme », Richard Griffiths interroge une forme de compréhension de l’islam par l’armée française (p 177). Ce même phénomène se retrouve aussi en Afrique centrale chez les explorateurs : se confronter à l’islam c’est trouver un territoire connu, celui du monothéisme mis parfois en parallèle avec un polythéisme évidemment plus mystérieux pour les Européens.

Pages 175-176, il montre la différence de perception qu’a Ernest Psichari (1883-1914) de l’islam : esthétisme de la prière collective des Maures mais relativisation de « l’attrait pour des Français qui ont perdu leur foi » alors que dans ses romans, des héros semblent mus vers la conversion au catholicisme par la religion musulmane.

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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