L’Avent

Raymond Winling, L’Avent : mémoire, attente et accomplissement, Paris : Salvator, 2018,  340  p., 22 €.

Ce livre est une véritable somme sur l’Avent, tissée finement d’exégèse, de théologie (biblique, dogmatique…), de perspective morale, d’histoire, et de littérature (Charles Péguy, Albrecht…). L’auteur, le père Raymond Winling, a enseigné l’histoire de la théologie et des dogmes à la faculté théologique catholique de Strasbourg et en a été le doyen. Il a publié notamment Le salut en Jésus-Christ dans la littérature de l’ère patristique (2016).

Raymond Winling nous ouvre l’Avent en trois directions : la mémoire, l’attente et l’accomplissement. Pour cela, il commence par le situer dans la dynamique de l’année liturgique, en faisant valoir la notion de mémorial et la conception chrétienne du temps (Grégoire de Nysse, Augustin…). Le thème du plan de salut de Dieu est ici repris des Pères de l’Église, notamment la « récapitulation » chère à Irénée, et des confessions de foi.

Il situe ensuite l’origine et l’évolution de l’Avent liturgique. Il le présente alors par rapport au premier avènement du Christ : il s’agit de la mémoire (la Première Alliance comme attente du Messie) et de la préparation de ce premier avènement. De façon concrète, Raymond Winling analyse la cohérence des textes prophétiques retenus dans les trois années liturgiques. C’est l’espace du désir croyant vers Dieu, motivé par la foi, l’espérance, et la charité. Les grandes figures de l’Avent émergent : la Vierge, Joseph le Juste, et Jean-Baptiste. L’auteur fait rebondir l’intérêt de sa réflexion en ouvrant sur les quêtes humaines, « l’Avent des nations » : stoïcisme, néo-pythagorisme, Virgile… et en notant comment ces courants de l’attente ont été perçus par les Pères de l’Église. Une certaine préparation apparaît ici dans la philosophie grecque attentive à la notion de Dieu, à la vie morale, ainsi que dans les sagesses chaldéenne, assyrienne, et égyptienne. De là, l’auteur en vient à l’enjeu du « temps de l’Église », du « Christ en nous, et de nous dans le Christ ». C’est le temps de « l’engendrement continuel du Christ en nous ». L’Avent nourrit en nous la vigilance, le désir de Dieu, la recherche inlassable de Dieu (l’épectase). Autant de formes d’accueil envers ce « Dieu à la recherche de l’homme » au point de désirer s’incarner en l’humanité. Raymond Winling souligne alors l’importance du baptême comme participation aux biens du salut : don de l’Esprit, nouvelle naissance, divinisation. Ainsi, par rapport à diverses idoles, « le christianisme a le goût de la liberté et de la dignité personnelle ».

L’Avent est encore l’attente et la préparation de l’avènement glorieux du Christ à la fin des temps. Il touche ici les horizons de l’apocalyptique et de l’eschatologie, chères aux mentalités actuelles et, par là, l’Avent soulève la question de l’évolution. L’auteur regroupe alors les questions relatives à la parousie, à la résurrection des morts, au jugement (général et personnel), au « Ciel » comme espace du bonheur et du salut eschatologiques. L’auteur débouche sur les thèmes de la béatitude et de l’union mystique avec Dieu ou avec le Christ.

Chemin faisant, ce livre sur l’Avent touche opportunément aux données fondamentales du mystère pascal, car « l’Avent ne livre son sens profond qu’en rapport aux cycles de Noël et de Pâques » (p.13, 65, 177…). Il est une « synthèse » très substantielle coordonnant des approches complémentaires pour orienter vers « le Christ Sauveur : tout vient de lui, tout s’explique à partir de lui, tout tend vers lui » (p.9). Ainsi, « là où il y a le Christ, il y a de l’avenir » (p. 326). De progression très pédagogique, l’ouvrage est d’une particulière richesse biblique, patristique, spirituelle, méditative, hymnologique… Il discute les diverses thèses des théologies classiques et contemporaines (auteurs catholiques, protestants…). Il est appuyé sur une remarquable bibliographie patristique et actuelle. Il soutiendra bien des lecteurs désireux de vivre l’avent de manière approfondie, la plus fructueuse possible.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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