La vie plus forte que la mort

Josée Masson, Mort, mais pas dans mon cœur, Paris : Desclée de Brouwer, 2019, 397 p., 20,90 €.

Comment prendre en compte les enfants ou les jeunes quand le décès d’un être cher survient ? Comment répondre à leur réel besoin d’avoir des interlocuteurs, de parler et d’être écoutés, encouragés ? Le rôle des parents, des familles, ainsi que des professeurs, des autres intervenants scolaires, des services d’aide appropriés ? Comment réagir suivant les différentes causes de décès : maladie, accident, suicide, violence (en famille, homicide) ? Est préconisée la fondamentale « attitude empathique ».

Accompagner un jeune en deuil, telle est, selon le sous-titre, la visée de ce livre important, qui est, en fait, la troisième édition, augmentée, affinée, de la première (2010). Ce livre, en effet, est riche de l’expérience de Josée Masson, canadienne, travailleuse sociale investie depuis plus de vingt ans dans le soutien aux enfants et adolescents en deuil. Également formatrice et conférencière, l’auteure a créé l’organisme « Deuil-Jeunesse » pour les jeunes confrontés à cette épreuve ou à d’autres réalités de pertes.

Après avoir approfondi la notion de deuil, Josée Masson pose la question de sa durée chez les enfants et les jeunes, puis elle aborde la façon d’annoncer la mort à un jeune. Et que dire de la mort, de l’importance des rites funéraires pour que le jeune y participe au mieux, de la peur du traumatisme en fonction de certaines pratiques (inhumation, crémation, urne) ? L’auteure repère bien les réactions complexes et les besoins du jeune en deuil au fil du temps : changement de comportement, stress, régressions, agressivité, silence, difficultés scolaires (p. 192, 305). Sans oublier qu’enfant et parent en deuil vont ensemble évoluer dans les changements familiaux… Pour parler de la mort avant qu’elle ne survienne, Josée Masson analyse aussi le rôle des adultes entourant l’enfant : dans la famille et la parenté, ou avec un nouveau conjoint, ou à l’école, ou avec les aidants professionnels. Se pose ici la question de l’anticipation en famille, et « l’éducation à la mort à l’école. Comme la maison familiale, l’école est un endroit favorable aux échanges sur des thèmes peu abordés en général dans la société. Or, la mort fait très souvent partie des événements de l’actualité » (p. 365). Des aspects pratiques sont abordés : auprès des enfants en deuil, les souvenirs à « immortaliser » (photos, traces numériques), les activités à réaliser (dessin, lettres, voir des films). L’auteure admire en diverses occasions la résilience des enfants et des jeunes trouvant en eux-mêmes des ressources remarquables pour faire face.

Le lecteur peut penser aux livres d’Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine (2016) et La vie, après (2019) à propos de la mort brutale de son épouse au Bataclan en 2015 et de l’éducation de son fils depuis ses dix-sept mois… Le lecteur peut aussi chercher en ce livre des données des aspects religieux. Elles sont évoquées à propos des rites funéraires des diverses religions et croyances (p. 135-166). Le recours à la prière est mentionné (p. 206) et une prière à Jésus d’une fillette de 6 ans est citée (p. 98). Les lecteurs impliqués dans des accompagnements religieux (chrétiens ou autres,..) pourront compléter ces données. La tâche de l’adulte est de répondre avec « c-l-a-r-t-é », soit: « calme, l’honnêteté, attention, rapidité, tolérance, exactitude ».

L’ouvrage fournit une abondante bibliographie, depuis les classiques réflexions d’Elisabeth Kübler-Ross sur les étapes du deuil et dans son livre La mort, dernière étape de la croissance (1975), ou de Boris Cyrulnik sur la résilience (Ces enfants qui tiennent le coup, Un merveilleux malheur) jusqu’aux marquantes études du père Jean Monbourquette, spécialiste du deuil (Aimer, perdre, grandir), ainsi que des vidéos, et d’autres études comme l’ouvrage collectif La mort au tableau noir (Frontières, Montréal, 2000) ou un autre collectif La mort, le deuil, le suicide à l’école (Études sur la mort, n° 131, L’Esprit du temps, 2007, un chapitre sur « La formation des enseignants »).

Ce livre est écrit avec beaucoup de pédagogie dans l’expression de la pensée, avec de nombreux témoignages et résumés (de démarches, de dialogues avec des jeunes…) C’est dire l’intérêt de cet ouvrage pour les enseignants et les éducateurs comme pour les familles, ou les acteurs de la pastorale du deuil.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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