Alpinisme solidaire

Hugues Chardonnet, « La révélation d’altitude. Alpinisme solidaire », dans Lumen vitae, revue trimestrielle internationale de catéchèse et de pastorale, 2019/4, pp 425-436.

Hugues Chardonnet, à Briançon, est à la fois médecin du sport, médecin de montagne, guide de haute montagne et diacre. Devenu un passionné de montagne, avec des amis alpinistes et guides, il a fondé une association qui vise à faire découvrir la montagne et l’alpinisme à ceux qui se trouvent en situation de précarité et de grande pauvreté comme en rencontre le mouvement Aide à toute détresse (ATD-Quart Monde). En référence à 82 sommets de 4000 m d’altitude et de son choix de solidarité, l’association s’appelle « 82-4000 Solidaires ». La réflexion d’Hugues Chardonnet paraît dans une étude intitulée : « Sport, développement de soi et foi chrétienne ». D’emblée, sur la base de son expérience personnelle, dont il fait part à plusieurs moments, l’auteur souligne que, plutôt qu’au sport, « l’alpinisme s’apparente davantage à une culture » : la culture de l’humilité, de la discrétion, de la sobriété, de la solidarité, du partage, de l’exigence persévérante et confiante, de la croissance vers le sommet, de la beauté, de la contemplation de la Création, et d’une réelle transfiguration de soi et des relations de service.

Dans une expression très sensible, souvent poétique, très suggestive, Hugues Chardonnet fait résonner le thème de la montagne comme symbolique spirituelle universelle dans les traditions religieuses, notamment dans la Bible : « Les sommets des montagnes sont à Dieu » (psaume 94, 4). Une conviction profonde habite le montagnard : « le milieu naturel de la haute montagne est une figure du Dieu accueillant. Référence est faite, souvent, aussi à l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Le choix de l’association 82-4000 Solidaires est situé, en effet, dans la double direction : goûter au bonheur de la montagne et donner à des jeunes en précarité l’occasion d’une valorisation personnelle et d’un apprentissage du soutien mutuel. C’est la double dimension, contemplative et sociale, de l’ « écologie intégrale » préconisée par le pape François. « Le moteur de cette dynamique est l’amour » : l’amour des autres, des moins chanceux, des moins nantis (l’image de « la cordée de service » est saisissante), et l’amour de la superbe création vers « l’expérience d’un éblouissement ». Bref, l’amour des êtres et de l’Être. « La montagne pratiquée solidairement fait l’éloge de la lenteur et de la confiance, un juste chemin. L’expérience du don partagé ouvre une espérance ».

Le psalmiste a l’intuition de l’affinité entre Dieu et les montagnards : « Dieu me donne l’agilité du chamois. Il me tient debout sur les hauteurs » (psaume 17, 34). Le guide-diacre Hugues Chardonnet se fait militant : cette pratique d’un alpinisme sobre, déterminé, et solidaire représente l’avenir de la société : « La façon de pratiquer la montagne préfigure l’avenir de l’humanité ». Car, là se met en œuvre une « écologie humaine et solidaire. Voilà rendue visible la société que Jésus annonce et préfigure, le Royaume où chacun a sa place et un avenir ».


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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