L’art de bien mourir

Nicolas Diat, Un temps pour mourir, Paris : Fayard, 2018, 227 p., 21 €.

Un jour je mourrai, telle est l’incontournable certitude pour chacun de nous. Mais comment ? avec quelles angoisses ? Quels soutiens ? Quelles questions sur la destinée humaine, l’au-delà, Dieu, la résurrection ? « Il y a autant de réactions devant la mort qu’il y a d’hommes » (p. 41), selon le constat de Nicolas Diat sur les derniers jours de la vie des moines (sous-titre du livre). L’auteur, en effet, a enquêté en huit abbayes, de la Grande-Chartreuse à Cîteaux, de Solesmes à En-Calcat. Nicolas Diat est déjà familier du monde monastique en ayant notamment écrit, avec le cardinal Robert Sarah, La force du silence. Contre la dictature du bruit (Fayard, 2016). Il y est question de l’abbaye de Lagrasse, et du frère Vincent, que l’on retrouve ici, à 36 ans, miné par une sclérose en plaques. Très conscient d’« une vie trop brève », le frère Vincent, malgré les vives douleurs, tient à éviter l’hôpital et se prépare au grand passage. Dans les cas de maladies évolutives, les abbayes offrent un soutien adapté avec les soins infirmiers et l’accompagnement d’une remarquable attention des frères moines liant prière et soins palliatifs pour une mort la plus confiante possible. D’abbaye en abbaye, Nicolas Diat raconte la vie et la mort de bien des moines. « L’art de bien mourir » à l’abbaye de Fontgombault où les moines se réfèrent à la Vierge « Notre-Dame du Bien-Mourir », dont ils ont une statue sous les yeux. À l’abbaye de Sept-Fons, le souvenir est fort du rude cheminement du jeune frère Théophane, 28 ans. L’auteur en a eu écho par le livre Qui cherchait Théophane ? http://catalogue.diocesegap.biblibre.com/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=6312 (Paroles et silence, 1999). Sur place, il mesure les données spirituelles de cet intense itinéraire. À l’abbaye de Mondaye, une question apparaît : « Comment se dire au revoir ? »

Tout ici est concret. Rien n’échappe aux réalités humaines, évolution de la maladie et des handicaps, douleurs et souffrances, questions bioéthiques, la préférence du mourir « à la maison » (l’abbaye) plutôt qu’à l’hôpital, en médicalisation poussée, accompagnement fraternel jusqu’au passage, et même les tendances suicidaires, et le suicide devant les trop lourdes épreuves. Ces moines « ne sont pas des héros. Leurs peurs, angoisses et tourments sont bien réels » (p. 16). Ainsi ce livre veut il « donner un peu d’espoir, car les moines montrent qu’une mort humaine est possible » (p. 14). Une profonde conviction de foi et d’espérance jaillit de tous ces récits, poignants souvent, et touchants toujours. Le père abbé de Solesmes résume : « Notre existence doit être un noviciat d’éternité » (p. 92). 


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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