Jésus, l’homme qui préférait les femmes

Christine Pedotti, Jésus, l’homme qui préférait les femmes, Paris : Albin Michel, 2018, 187 p, 17,50 €.

Christine Pedotti, écrivaine, éditrice, est bien connue pour ses engagements en Église et ses publications, notamment sur La Bible racontée (deux volumes, 2016), Jésus, cet homme inconnu (2013, p.7 : elle y appelle Jésus « [son] ami galiléen »), et pour sa collaboration à Théo, l’encyclopédie catholique (réédition 2009) ou avec Monseigneur Joseph Doré sa coordination de l’imposant Jésus, l’encyclopédie (2017).

Ici, Christine Pedotti réalise une enquête minutieuse sur Jésus dans sa relation aux femmes selon les évangiles et le début des actes des apôtres. Au vu du déficit, en Église, de la prise en compte des femmes pour de réelles responsabilités, elle mentionne l’intérêt de cette enquête suite aux travaux antérieurs comme ceux de la protestante France Quéré (p. 11), et l’on peut penser aussi à la catholique Laure Aynard dans son livre La Bible au féminin (Le Cerf, 1990). À partir de l’épisode où Jésus accueille la « dame au parfum » chez le pharisien Simon, l’auteur montre la force de l’originalité de Jésus dans sa relation aux femmes par rapport aux hommes de sa culture juive patriarcale. Vient ensuite la présentation de celle qui est le phare des évangiles : « Marie, bénie entre toutes les femmes », sans oublier les nombreuses autres femmes. Mais qu’en est-il du célibat ou du mariage de Jésus ? (chap. 3) : Jésus marchait à travers la Galilée avec douze disciples hommes ainsi qu’avec un groupe de disciples femmes (Luc 8). Dans l’aspect concret des évangiles, Jésus est bien l’homme qui regarde les femmes avec le cœur, avec respect, et une confiance recréatrice. Il est celui qui sait les admirer en leur foi vive, en leur espérance bien enracinée. Il leur parle « d’égal à égale » : avec la Samaritaine en dialogue théologique, avec Marthe, ou « Madame Zébédée »… Jésus libère les femmes : dans le débat entre Marthe à la cuisine et Marie, avec la femme adultère en « faisant changer de camp la faute », ou sur la question de la maternité comme vocation féminine. Jésus touche les femmes et se laisse toucher, physiquement et intérieurement. Jusqu’à, parfois, se laisser convertir, comme avec la Cananéenne. Jésus va encore plus loin dans l’annonce de la Bonne Nouvelle de sa résurrection ; il leur en confie la mission. Christine Pedotti fait état des « femmes préférées » au matin de Pâques (Marie-Madeleine…) et ces femmes ensuite « effacées, oubliées » chez Paul et, souvent, dans la tradition théologique ou liturgique. En conclusion, Christine Pedotti relève que « Jésus était un précurseur », et qu’il n’y a « pas l’ombre d’un masculinisme dans les textes » (p. 174). En annexe, l’auteur pose la question « Des femmes prêtres ? » à partir de ce qu’en dit l’Église catholique avec Paul VI et Jean-Paul II. Elle invite à « ouvrir le débat, en pesant les choses » (p. 180).

Christine Pedotti a l’art d’une expression progressive et très pédagogique dans son enquête exégétique et dans sa réflexion qui montre combien Jésus tranche sur les mentalités juives de son époque. L’attitude concrète de Jésus avec les femmes nous appelle à lire aujourd’hui les Écritures avec une attention renouvelée en ce qui concerne les relations homme-femme dans l’Église et dans la société.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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