La femme au XVIIIe siècle : mère, épouse, religieuse, intercesseur

Christophe Juhel (dir.), Rôles, statuts et représentations des femmes en Roussillon et en Europe méridionale du Moyen Âge au XIXe siècle, collection Études, Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2017, 202 p., [20 €].

L’essentiel de ces actes d’une journée d’étude qui a eu lieu le 20 mai 2016 peut se confronter à l’ouvrage de Christophe Regina, Dire et mettre en scène la violence à Marseille au XVIIIe siècle et tout particulièrement sa première partie en lien avec la procédure judiciaire. Ici, Delphine Sanchez, dans « les femmes criminelles au XVIIIe siècle dans la province de Roussillon » (p 177-190) écrit « les femmes ont une criminalité qui leur est propre, qui se caractérise par une petite délinquance faite de vols et d’injures et par des affaires de mœurs et d’homicides […] on fait référence à une criminalité de misère » (p 177).

Jean-Christophe Robert dans « se plaindre des hommes. Femmes séduites et violentées devant la justice roussillonnaise au XVIIIe siècle » (p 133-159) souligne (p 145-146) le caractère exceptionnel de « la liberté sexuelle » en milieu rural en raison du contrôle exercé par « la famille, la communauté villageoise, le prêtre de la paroisse ».

Jean-Luc Antoniazzi donne une contribution intitulée « la femme dans les représentations des œuvres d’art roussillonnaises » (p 83-98) à partir d’un corpus issu des églises. Ève, est bien sûr, souvent peinte (p 83-84). La Visitation d’Élisabeth montre une femme enceinte, ce qui est significatif d’une espérance puisqu’elle était stérile (p 85). La Vierge Marie est elle-même représentée enceinte. Sur ces tableaux, ces deux femmes sont aussi des mères et Marie, est, de surcroît, enfant auprès de ses parents.

La femme est représentée comme répondant à la vocation au mariage. Celui de Marie et de Joseph se trouve parmi une Série des Sept Sacrements exposée dans l’église d’Espina de Conflent. Marthe, elle, est celle qui a « choisi la meilleure part : la prière » (p 91). Des religieuses sont aussi mises en valeur : sainte Thérèse d’Avila par Maître Thierry qui copie une œuvre du Bernin au début du XVIIIe siècle. Des saints, priés pour leur intercession notamment contre la peste, sont représentés, Côme, Damien, François de Paule et bien sûr Sébastien et Roch. Pour ces deux derniers se trouve ici une plaquette numérique sur leur présence dans les Hautes-Alpes.

Marie-Madeleine, après le pardon de ses fautes, est représentée en servante du Christ (p 94). Au final, dans les tableaux et sculptures de ces artistes roussillonnais, la « vie humaine [de la femme] est à l’image de la mère de Jésus, représentée […] sans les attributs traditionnels de la sainteté, c’est-à-dire l’auréole. La femme est mère, épouse ou religieuse, et toujours intercesseur » (p 95).

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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