Que serais-je sans toi, Dévoluy ?

Raymond Chevalier, Que serais-je sans toi, Dévoluy ?, La Grande Motte (34) : éd. Pointvirgule, 2017, 144 p., 18 €. ‌

Ce livre tient à la fois de l’autobiographie et de l’analyse socio-culturelle d’un milieu haut-alpin en montagne, dans le massif du Dévoluy, dans les années 1958-1960, juste avant la mutation économique induite par le passage, en 1962, à l’accueil touristique et à la réalisation de deux stations d’hiver et d’été. De façon très vivante, très détaillée, il s’agit, selon le sous-titre, d' »un jeune berger vauclusien [qui] raconte son aventure dans le Dévoluy« . Un livre très expressif de la pratique, assez répandue dans les familles paysannes du Dévoluy, de recevoir, en été pour la garde des troupeaux, des adolescents venant d’autres secteurs haut-alpins et surtout venant de Provence. Cette pratique d’accueil de jeunes vachers en Dévoluy, comme, ailleurs, d’autres villages recevaient, à l’année, des enfants de l’Assistance Publique (à Vars, Freissinières,..). Ce livre-témoignage retrace bien la vie des jeunes vachers reçus en service dans les familles d’agriculteurs et d’éleveurs d’ovins et de bovins.

En 1958, à 10 ans, le petit Raymond, à Sorgues, entend le prêtre du patronage paroissial parler de la possibilité d’aller dans un famille du Dévoluy pour la garde des troupeaux. Le courageux enfant s’est porté volontaire pour venir comme berger chez la « famille P. », près de Saint-Étienne en Dévoluy, au hameau des Cypières, au pied du Pic de Bure. Il y apprend à garder seul le troupeau de moutons et de vaches, et à participer aux travaux de la ferme. Bien accueilli par ses « patrons« , il découvre la vie intense des vaillants ruraux Dévoluards et leur cadre de vie quotidienne, ainsi que l’histoire locale, par exemple les origines de la chapelle des Cyprières (p 93), de la parenté vivant à Truziaud… Raymond admire la beauté du site des Beaumettes (p79) et des montagnes voisines… La messe du dimanche à Saint-Étienne, fréquentée par les habitants et les jeunes des Centres de vacances, lui est un moment fort de foi, de joie, et de rassemblement de la population (p 103). L’auteur explique les particularités qui frappent son attention d’enfant provençal: l’habitat rustique, les toits de chaume, les broues (bords des champs), le travail de berger en « largeant » les bêtes (les faire sortir de l’étable pour les conduire vers la prairie), les leilles (traîneaux de bois), un forest (abri pour troupeau en altitude),….

Bref, à près de ses 70 ans, l’auteur reconnaît que son stage de jeune vacher a été déterminant dans son parcours de vie personnelle, familiale et professionnelle. Ce fut une véritable « aventure » de courage et d’effort pour le petit Raymond qui va revenir sur trois années consécutives. Aventure intime affective avec ceux qui deviennent sa seconde famille, aventure formatrice avec tant de découvertes en ce milieu rural montagnard, aventure de maturation humaine fondamentale et de responsabilisation. Du coup, de bonnes références d’ensemble sont données sur les évolutions socio-économique du Dévoluy devenu haut-lieu touristique avec les stations de Superdévoluy et de La Joue du Loup. Ce livre est riche de la sensibilité d’un jeune enfant provençal déterminé, de la joie de découvrir une nouvelle vie familiale faite d’implication laborieuse, de travail consciencieux et solidaire, de respect. Riche aussi du regard d’un adulte sur ce qui le constitue dans sa personnalité actuelle grâce à son enfance basée sur le goût de l’effort. Au moment où le Dévoluy vient de fêter le 50e anniversaire des débuts de ses choix touristiques avec la station de Superdévoluy, voici un livre bien illustré de photos anciennes (maisons, fontaines…) et actuelles, ainsi que d’une réflexion sur « ce pays sauvé de la désertification » (p.120) grâce à l’action des municipalités. « Ce merveilleux pays où des hommes et des femmes aiment leur pays et sont fiers de leurs racines » (p.123). Des poèmes de l’auteur offrent des méditations sur le temps, la vie, les fleurs, le Pic de Bure, nos amis promeneurs... Des annexes précisent les dispositions pratiques locales : toit de chaume, clapier, four, pain fait à la ferme, recettes culinaires… Et Raymond Chevalier d’exhorter les Dévoluards d’aujourd’hui : « Ne relâchez pas vos efforts. Vous pouvez être fiers » (p. 120).

Ref:  imprimeur: pointvirgule@free.fr  Rens. auprès de l’ auteur, par:  chevalier.solange@neuf.fr


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

Vous pouvez laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *