Boscodon à travers ses symboles

Jean Ébrard, L’abbaye de Boscodon, une approche symbolique, Baratier : Rev’imprim New, 2019, 135 p., 17 €.

Passionné par le mouvement spirituel qui se dégage à la fois de l’histoire de l’abbaye de Boscodon commencée en 1142, et de son étonnante harmonie architecturale, le Gapençais Jean Ébrard nous fait entrer dans la démarche qu’il a souvent l’occasion de mettre en oeuvre en guidant des visiteurs. Professeur agrégé de Lettres, conférencier, poète, Jean Ebrard a participé à l’équipe de rédaction du livre Le diocèse de Gap et d’Embrun, hier et aujourd’hui (Éditions du Signe, 2015). Il nous partage ici sa vaste culture sur l’art du Moyen Âge, qui l’a séduit, et son approche symbolique personnelle de l’abbaye de Boscodon, l’un des fleurons du diocèse haut-alpin.

Pour nous porter « à la rencontre du Moyen Âge », à l’époque de la fondation de l’abbaye de Boscodon, l’auteur pose d’abord les éléments de son approche de la saveur et de la force des symboles et des archétypes dans leur mise en œuvre artistique (architecturale…), et dans leur rayonnement (l’imaginaire, la culture…) avec les mesures, les proportions, particulièrement avec le nombre d’or que met en relation le corps humain, les éléments de la Création. Avec ces réalisations de l’architecture et de la sculpture, autant de voies où « la matérialité de la pierre porte l’invisible », et où le symbole réussit à « suggérer l’indicible ». Jean Ebrard reprend volontiers la formule de Jacques Lacan : « Le symbole est la présence d’une Absence » (p. 22). Il nous entraîne alors dans un véritable parcours initiatique en arrivant dans le superbe vallon de l’abbaye, puis en franchissant la porte, tout spécialement de l’église abbatiale avec ses décorations, sa musique et son silence, ce « frère de la lumière, du dépouillement, et du désert ». Voici une pédagogie de cheminement vers la Lumière, de montée vers le Ciel nouveau et la Terre nouvelle qu’évoque l’Apocalypse. À la suite de l’auteur-guide, cet itinéraire enchante l’esprit et nourrit l’âme et le cœur. Il ouvre à « une possible renaissance […] le Créateur et sa créature étant désormais réconciliés » (p. 119).

Un glossaire aide à la compréhension de termes spécifiques. La bibliographie nous donne d’approfondir la féconde culture médiévale et son esthétique, l’architecture, l’enjeu des mondes symboliques (Car Gustav Jung, Mircea Eliade, Daniel Sibony…). Ce livre bénéficie d’une écriture très soignée et suggestive, très documentée, soutenue par des références bibliques, philosophiques, et poétiques, par un riche ensemble de photographies et de croquis, de schémas ou dessins. Au final, l’ouvrage se présente aussi bien comme un guide de visite que comme une passionnante méditation sur la destinée humaine assoiffée d’infini.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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