Le diocèse de Gap (XIXe – XXe siècles) dans les matériaux Boulard

Bernard Delpal (dir), Fernand Boulard (fondateur), Matériaux pour l’histoire religieuse du peuple français (XIXe – XXe siècles) : Bourgogne, Franche-Comté et Lyonnais, Savoie et Dauphiné, Grand Midi et Algérie, Lyon : Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes, 2011, 590 p., [60 €].

Même s’ils ne sont pas seulement consacrés à l’Église catholique, les Matériaux Boulard sont essentiels à la connaissance historique et sociale des diocèses français aux XIXe et XXe siècles, à la fois pour leurs perspectives de recherche, aspect important pour le diocèse de Gap, et pour leurs conclusions. Notre compte-rendu porte sur trois points : l’évolution sociologique du diocèse de Gap en relation avec son environnement géographique d’abord, la présence ancienne du protestantisme dans les Hautes-Alpes ensuite. Enfin, nous verrons la mise en place de foyers de résistance à l’Église diocésaine née du concordat.

Le diocèse de Gap

Le dossier diocésain de Gap est rédigé par Nadine Vivier. Il compte quatre pages (p 89-92). Il s’appuie sur les enquêtes réalisées sur un siècle (1844-1945), là où des durées plus longues sont étudiées pour des diocèses français voisins : Digne (161 ans, 1807-1968), Valence (164 ans, 1802-1966), Grenoble (125 ans, 1827-1952). Il faut préciser que les archives des vicaires généraux, non encore classées, conservent la correspondance entre Nadine Vivier et le secrétariat de l’évêché de Gap en 1995.

Les données de la grande enquête de 1844 promue par Mgr Jean-Irénée Depéry (1844-1861) sont très précises et renseignent parfaitement sur l’état du diocèse. Nadine Vivier considère que les éléments antérieurs, notamment issus des comptes-rendus de visites pastorales de Mgr Nicolas Augustin Lacroix d’Azolette, sont moins fiables et ne peuvent être pris en compte. Ces rapports, certains sont probablement rédigés par l’abbé Depéry qui accompagnait son futur prédécesseur, sont en effet moins systématiques que les enquêtes ultérieures.

La vie des paroisses est marquée par les migrations saisonnières des hommes (p 89). « Il est vrai que ce n’est qu’un aspect des soucis que procurent aux curés la gent masculine, organisée en confréries de pénitents, noirs ou blancs. À travers tout le département, rares sont les paroisses qui n’en possèdent pas […] Parfois chaque hameau a sa confrérie qui a une double mission de charité et de prière ». Les pénitents distribuent des aides aux pauvres. Ils organisent les funérailles et prient chaque semaine à l’office divin. Lorsqu’ils ne possèdent pas de chapelle, leurs célébrations ont lieu dans l’église où la tribune leur est souvent réservée alors que la concurrence avec la paroisse est patente. Certains curés se plaignent qu‘ils boudent le prône et l’eucharistie. Cependant, cantonner les pénitents aux hommes est, probablement, réducteur. Il existe une vie confrérique féminine. Gap au XXe siècle nous le montre, Guillestre, dès le XIXe siècle, en est un autre exemple. De surcroît, comme le suggère maladroitement le docteur Jean-Pierre Rouge dans le Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes de 2016 (un mécénat oublié jusqu’alors à Briançon, le tableau du Saint-Esprit de la collégiale par Louis Court, p 143-152), il faudrait étudier la composition sociologique de ces confréries sur la longue durée depuis le XVIIe siècle.

En outre, dans le dossier diocésain de Digne (p 109-113), Régis Bertrand, Cécile Mèze-Mézières et Laurence Albanèse évoquent les autres associations regroupant des fidèles (p 112). Ils s’interrogent sur les liens entre la dévotion au Rosaire et la présence d’une confrérie. Les associations mariales sont majoritairement féminines. Le Scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel est selon eux une association de prières pour les âmes du purgatoire. Les auteurs soulignent « également le rayonnement dans le diocèse d’une autre association mariale dont l’expansion est alors nationale, mais aussi la faible durée de son succès : l’archiconfrérie du Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs (dite de Notre-Dame des Victoires), fondée à Paris par l’abbé Desgenette ». Ils signalent enfin la présence des religieuses de La Providence de Gap au XIXe siècle dans le diocèse de Digne : peut-être faudrait-il en mesurer l’influence spirituelle ?

Durant l’épiscopat de Mgr Depéry (p 90), les paroisses dans le Champsaur, le Dévoluy, l’Embrunais, le Briançonnais et le Queyras semblent les plus ferventes. La relecture des enquêtes de 1844 montre un usage implanté du rit romain. Le curé du Roux d’Abriès souligne que « ces livres quoique vieux sont dans un certain bon état ». En outre, le nombre de ces ouvrages liturgiques est un autre indice de leur usage : le curé du Veyer, par ailleurs né en Piémont, précise que la paroisse possède deux missels romains. À la même époque, toutes les paroisses auraient un curé résidant. Le taux d’encadrement des fidèles par les séculiers est plus élevé dans le sud du département que dans le nord mais nettement inférieur à celui du XVIIIe siècle. Durant l’épiscopat de Mgr Depéry (1844-1861), le nombre des succursales concordataires, c’est-à-dire les paroisses, augmente. En 1861, 242 prêtres sont en activité, soit un taux de 19,3 pour 10 000 habitants.

Mgr Depéry a consacré ses efforts et parfois sa fortune personnelle aux séminaires, notamment pour maintenir un prix de pension faible et permettre l’entrée des enfants des paysans dont seuls les plus aisés ont les moyens d’envoyer leurs fils au séminaire. Ceux-ci trouvent là une profession estimée, qui procure un niveau de vie comparable à celui des parents et limite l’émiettement du petit patrimoine. De plus, une des sœurs peut assurer le service domestique du prêtre. La répartition géographique des vocations a-t-elle quelque chose à voir avec les présences du petit séminaire à Embrun et du grand séminaire à Gap ?

Au milieu du XIXe siècle (p 91), le clergé est jeune, originaire du pays, bien formé et exigeant. Il obtient une très forte pratique religieuse. Le préfet, en 1853, reconnait que « Mgr Depéry a donné une impulsion au clergé qui obtient respect et considération, mais dont l’influence est très peu étendue ». L’emprise se limite à la foi et à la morale et les prêtres restent, généralement, à l’écart de la vie politique. Sur ce point, Mgr Guilbert (1867-1879) imposera sans mal à son clergé, dès 1871, la neutralité. « Devant la pratique généralisée, Mgr Guilbert n’a pas réclamé d’enquête et les archives diocésaines ne nous renseignent plus avant le début du XXe siècle ». Pour cette époque, il faudrait évaluer l’influence de la publication d’un périodique du diocèse et de Notre-Dame du Laus, ainsi que la tenue des registres de catholicité qui sont de bons indicateurs de la vitalité paroissiale.

Les années 1880-1890 sont plus difficiles mais au tournant du XXe siècle, un regain de ferveur se manifeste dès 1890. Le nombre des ordinations remonte, culminant en 1895-1899 (taux de 0,82 pour 10 000 habitants). Le nombre des prêtres en exercice augmente et donne un bon taux d’encadrement (20,2 pour 10 000) tandis que la population diminue. En effet, le premier maximum démographique dans les Hautes-Alpes date de 1846 avec 133 100 habitants. En 1911, le département compte 105 083 habitants. Cette population touche son minimum de l’époque contemporaine en 1946 (84 932). Avec 139 883 habitants en 2014, la progression est de 65 % depuis 1946. Par comparaison, retenons que le pays compte en 1846 36 097 000 habitants et 40 710 000 en 1911. Entre 1946 (40 287 000 habitants) et 2014 (63 982 078 personnes recensées), la croissance est de 59 %.

L’enquête de 1912 (p 91) permet de déterminer un taux de pratique élevée moyennant des disparités géographiques déjà constatées. Le sud du département reste indifférent à l’exception d’Orpierre où les catholiques s’y affirment face à la communauté protestante. A contrario, Dévoluy et Oisans accroissent même leur pratique. Les hommes sont désormais nombreux à se joindre aux femmes, ce que traduit la hausse du nombre d’ordinations de natifs. Nadine Vivier interroge : le déclin des pénitents ramènerait-il les hommes sous la tutelle du curé ? Est-il possible de former l’hypothèse que la plus grande participation des fidèles voulue par l’Église (dans les chorales par exemple) pourrait jouer un rôle ? Une différence notable avec le siècle précédent apparaît : le Briançonnais est devenu une région de moindre pratique où, malgré l’émergence de vocations sacerdotales, la désaffection pascale gagne les hommes et surtout les femmes. Il convient dans ce tableau de s’interroger sur les vocations féminines alors que les communautés sont en exil mais que des religieuses sont restées dans leurs locaux gapençais.

Nadine Vivier (p 92) souligne qu’après la Première Guerre mondiale s’amorce une lente érosion dans l’encadrement paroissial. En effet, la guerre a provoqué la mort de six prêtres et de huit séminaristes sur les 19 mobilisés selon l’abbé Luc Pecha (« Le sang versé au champ d’honneur », Église dans les Hautes-Alpes, n° 104, novembre 2014) et nombreuses sont les cures desservies uniquement par binage (154 desservants pour 203 paroisses). Or, dans ce pays de hameaux dispersés, les fidèles se déplacent moins. Dans les années 1920, les curés notent l’absence dans les églises voisines des paroissiens présents quand la messe est célébrée chez eux. Les difficultés d’encadrement et la baisse consécutive de la pratique ont motivé les enquêtes et les efforts des évêques. Ceux en faveur des vocations aboutissent dans les années 1930 : 27 ordinations de 1935 à 1939. Elles montrent que la succession rapide d’évêques (trois nominations en sept ans, de 1925 à 1932) n’a pas été un handicap apparent en ce domaine. L’action de Mgr Auguste Calixte Bonnabel est probablement un pôle de stabilité : il est nommé secrétaire à l’évêché en 1919 et devient évêque en 1932.

Après la Seconde Guerre mondiale, le nombre des curés en activité régresse encore, ce qui aggrave les difficultés d’encadrement. L’enquête réalisée à la fin de l’année 1945 souligne encore plus nettement les inégalités géographiques précédentes. Les paroisses de « vrais chrétiens » se trouvent en Champsaur, Dévoluy, Queyras et Oisans. Des curés y décèlent une tendance à la pratique routinière même si l’indifférence hostile, c’est-à-dire là où parmi des non-pratiquants quelques-uns manifestent leur anticléricalisme, est rare : Villard-Saint-Pancrace, La Bâtie-Neuve, Sigoyer et le canton de Ribiers sont dans ce cas. L’enquête de 1956 sur le Gapençais confirme le maintien de l’opposition géographique : les paroisses du sud (Barcillonnette) sont indifférentes, alors que celles au nord de Gap (Romette) restent pratiquantes. Peut-être faudrait-il s’interroger sur les liens entre ce fait et le niveau de vie des populations. Après un sursaut de vocations dans les années 1935-1954, celles-ci diminuent fortement à partir de 1955. Le diocèse ne peut plus pourvoir à ses besoins et 20 % des prêtres sont mêmes originaires d’autres diocèses. C’est à cette époque que les séminaires locaux ferment. Il faut préciser que les ordinations en 1953 (deux prêtres), 1954 (cinq) et 1955 (deux) sont dues à des entrées au séminaires plusieurs années avant : elles sont le fruit d’une pastorale conçue à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Trois tableaux, à partir des données extraites du registre des ordinations, des ordos, de la cote F19 23893 aux archives nationales (état du personnel du clergé) montrent le recrutement du clergé paroissial de 1837 à 1960 (p 296-297). L’évolution de l’âge du clergé paroissial (1844-1965) est dessinée en huit tableaux et autant d’étapes chronologiques, page 298. Deux tableaux présentent les pascalisants (hommes, femmes et ensemble des fidèles) pour 1844-1845 durant l’épiscopat de Mgr Jean-Irénée Depéry pour le premier (p 299), le second, page 492, à partir de l’enquête de 1945. Enfin, (p 307) un tableau montre le « respect du précepte du repos dominical » dans le diocèse de Gap (1844-1930).

Les protestants dans les Hautes-Alpes

Dans l’introduction (p 14), Bernard Delpal explique la constitution « de véritables ‘bastions’ ou ‘pays’ dans lesquels [les protestants du sud-est] jouent un rôle prépondérant » sans cesser d’être minoritaires à l’échelle départementale. C’est le cas dans les Hautes-Alpes.

Nadine Vivier (p 90) rappelle que les protestants haut-alpins sont descendants des vaudois. Ils sont présents en Queyras, en Briançonnais, en Champsaur, à Aspres-sur-Buëch et à Orpierre. Le taux d’alphabétisation là où ils vivent est très élevé, supérieur à 75 %, sauf en Champsaur (50 %). À partir de 1800, la liberté de conscience et de culte permet aux protestants d’édifier des temples (Dormillouse, Arvieux, Saint-Véran, Orpierre). Le consistoire est installé à Orpierre en 1824.

Florence Marchand (p 147) précise que la multiplication des paroisses protestantes engendre une augmentation du nombre de pasteurs entre 1830 et 1852. Dans les Hautes-Alpes, en 1830, l’Église consistoriale compte trois pasteurs ; en 1852, ils sont au nombre de six, auxquels il faut ajouter des évangélistes envoyés par les sociétés nées des mouvements du Réveil. D’autre part (p 145), quelle est l’influence dans les Hautes-Alpes de l’école modèle de Dieulefit (Drôme, créée en 1828) et de celle de Mens (Isère, 1829) ? Selon Florence Marchand (p 145) « Ces écoles normales ont un rayonnement important sur tout le sud de la France. L’école est un outil essentiel dans le développement et la propagation du Réveil. L’accès à la lecture permet en effet une confrontation directe avec le texte de la Bible et avec les traités religieux distribués par les colporteurs ».

En 1905, selon Florence Marchand (p 150), les protestants du sud-est participent pleinement à l’effervescence. Dans la Drôme, plus de quarante associations cultuelles voient le jour. Dans les Hautes-Alpes, ce sont neuf communautés qui se constituent en association.

Florence Marchand (p 147) souligne l’importance du pasteur Félix Neff. Il a reçu une formation théologique en Suisse. Il est à l’origine du Réveil religieux dans la région de Mens, dans le Trièves (Isère), dans les vallées de Freissinières et Dormillouse. Indépendamment de son travail d’évangélisation et de cure d’âme, Félix Neff apporte à ces populations très rurales des conseils, notamment en matière d’agronomie et de médecine. Son travail reçoit l’appui d’une société d’évangélisation née à Lyon dans les années 1855-1860, appelée le Comité de Lyon.

(p 299) Le nombre de protestants est fourni par les curés. Il a été confronté à la statistique établie en 1851 par Charles Read, chef du service des cultes non catholiques (AN F19 10031) : il serait utile de préciser si cette statistique a été établie à partir du recensement de cette année-là, puisqu’il est le seul à prendre en compte l’appartenance religieuse des personnes recensées.

2170 personnes sont comptabilisées dans les communautés protestantes haut-alpines. En 1844, quelques curés, comme celui de Villard-Saint-Pancrace, ont indiqué que leur paroisse ne comptait pas de protestants lorsqu’ils étaient peu nombreux.

Dissidents

Les dissidents du christianisme (p 14), tel des jansénistes, ont comme point commun le plus fréquent leur hostilité envers le système concordataire, sur le modèle « vieux-catholique » ou à l’exemple de la Petite Église de Lyon. Il est trop rarement souligné que ces groupes, en France, sont présents dans des territoires marqués par un protestantisme ancien et indigène et par l’élevage.

En outre, il est peut-être vain de chercher des points communs sans évoquer les difficultés de ces groupes à se rassembler. Ils répondent, il est vrai, à des intérêts locaux et à des oppositions politiques différents selon les lieux. Leurs théologies divergent si ce n’est sur l’opposition à la hiérarchie politique et aux diocèses ainsi que sur la valorisation du martyre.

Jean-Pierre Chantin a rédigé « La Petite Église dans les Hautes-Alpes : illuminés de Gap et Patarons du Champsaur » (p 159-160). Selon lui, l’origine de l’opposition au concordat est à rechercher dans l’action de quelques prêtres insermentés, réfractaires à la Constitution civile du clergé et opposés à la Convention. L’évêque du Gap, Mgr Henri de La Broue de Vareilles (1784-1801) s’exile en 1791 ou 1792. Il refuse de démissionner et ne résigne sa charge épiscopale qu’en 1816 alors qu’il réside en Poitou. Son siège et celui d’Embrun sont unis à celui de Digne depuis le concordat. Celui de Gap n’est rétabli qu’en 1817 et pourvu en 1822. Une demoiselle Blanc, religieuse de Saint-Joseph et sécularisée en 1790, organise à Gap le groupe anticoncordataire qui réunit, à partir de 1807, une dizaine de personnes. Le groupe du Champsaur (Pataron, arrêté ou Illuminé) est étroitement lié à celui de Gap. Les autorités préfectorales estiment en 1807, leur nombre à deux cents éparpillés dans plusieurs villages, principalement Saint-Michel de Chaillol, Laye, et les Brunets (près du col Bayard, ou plutôt Les Bassets ?). Ambroise Faure, dans ses Mémoires d’un Champsaurin (Bulletin de la Société d’Études des Hautes-Alpes, 2006-2007, p 251-253), évoque la commune de Saint-Julien-en-Champsaur. Ceux de Romette sont suspectés de jansénisme. À la fin du XIXe siècle, et jusque dans l’entre-deux-guerres, ils sont en contact avec le groupe anticoncordataire du Lot-et-Garonne et en relations matrimoniales avec les Blancs du Charolais et de Buxy. Le groupe de Romette aurait subsisté jusque dans les années 1930. En 1946, les Patarons seraient six : un à Saint-Laurent-du-Cros, quatre aux Brunets et un au Villard-de-Laye (Emile Dermenghem, La Petite Église dans les Hautes-Alpes de 1801 à nos jours, Gap, 1957).

Le groupe des « illuminés de Parménie », en Isère est présenté page 160, particulièrement à travers le prisme des contacts avec les vieux-catholiques.

Conclusion

Ce volume n’est pas sans défaut. Par exemple, il contient (p 130-137) une notice sur l’Algérie rédigée par Oissila Saaidia, actuellement professeur d’histoire contemporaine à l’université Lyon II. Malheureusement, ce texte élude trop la place des musulmans évidemment majoritaires sur ce territoire et fondamentale pour y comprendre le christianisme. L’orthodoxie à Nice et à Marseille n’est présentée que de manière allusive (p 107) : pour Marseille, le travail est très chronologique. Mais au-delà de chiffres, quelle est la vie pastorale et spirituelle des communautés chrétiennes orthodoxes et orientales ? Par exemple, aux archives du diocèse d’Aix-et-Arles est conservé dans le fonds Champion de Cicé pour 1802-1806 l’article 97X43 relatif aux prêtres chargés de la communauté des « Mamelouks » dans ce diocèse.

Les Arméniens de Rhône-Alpes bénéficient de cinq pages (p 161-165). En revanche, ces matériaux Boulard ne disent rien sur les Arméniens des Alpes aux communautés de foi si vivante qu’il en est né un pèlerinage en 1950 à Tallard et dont la vitalité aujourd’hui permet l’accueil de nouveaux membres.

Enfin, les limites départementales et diocésaines ne sont pas toujours pertinentes, du moins pour l’Église catholique et pour le protestantisme : évoquer pour les Hautes-Alpes les migrations saisonnières est une chose, s’interroger sur les influences des agglomérations de Sestrières, Suse, sur le Briançonnais en est une autre. Les liens des paroisses de la vallée de l’Ubaye avec les deux diocèses de Digne et Gap sont également à souligner. Enfin, la présence du centre vaudois à Torre Pellice à quelques kilomètres de la frontière française avec les États italiens n’est pas sans importance sur les vallées les plus proches.

Toutes ces questions ouvrent des perspectives de recherche qui pourraient être travaillées, par exemple à l’occasion d’un bicentenaire diocésain.

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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2 commentaires

  1. Cher Monsieur
    Je vous remercie et je vous félicite pour cet excellent article et compte rendu d’un texte dont j’ignorais l’existence.
    Il est très instructif sur l’évolution du diocèse et de sa sociologie religieuse au cours de ce 19ème siècle.
    Parmi les éléments contextuels qui ont pu expliquer cette évolution, il y a probablement la phase clé de la révolution de 1848 et des années entre la fin de la monarchie de Juillet et le coup d’état du 2 déc et l’instauration de la « dictature napoléonienne » ; période bien analysée , y compris pour l’Eglise, son clergé, le rôle de Mgr Depéry et les pratiques religieuses, par P. Vigier dans ses 2 vol de « La seconde république dans la région alpine » PUF, 1963. Les espoirs, peurs, déceptions et réactions , liés à ces événements, semblent avoir eu de profondes répercussions religieuses et autres.
    Le clivage (que j’observe et déplore depuis mon enfance), qui s’est formé entre un « bas » du département qui a participé, (avec les Basses Alpes) à la réaction contre ce coup d’Etat et qui a adopté des conduites anticléricales et le « haut » resté très pratiquant n’en résulte-t-il pas ?
    Me revient à l’esprit la réponse un peu laconique (probablement de Mgr Bonnabel ?) à l’enquête de sociologie religieuse de Gabriel Le Bras -fin des années 1930- (T1 Sociologie de la pratique religieuse dans les campagnes françaises de son Etude de sociologie religieuse , PUF 1956 ) « Le diocèse se compose d’un pays chrétien (Dévoluy, Champsaur, Guillestrois et Queyras) et d’un bas du département de conformisme saisonnier généralisé qui a adopté la religion du socialisme » (je cite de mémoire en espérant ne pas déformer, à vérifier).
    Très cordialement.

    1. Merci beaucoup de votre commentaire. Vous avez raison d’insister sur la rupture représentée par la révolution de 1848. Mais, est-elle la cause ou bien le révélateur d’un phénomène, la dichotomie entre le « nord » et le « sud » du diocèse, peut-être né avant 1789 ? L’enquête de 1844 montre bien déjà cette différence entre deux parties du département sur le plan religieux.

      Merci encore de nous lire.

      Bien cordialement,

      Luc-André Biarnais
      Archiviste du diocèse de Gap et d’Embrun

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