Ethnographie du ministère français des Affaires étrangères

Christian Lequesne, Ethnographie du Quai d’Orsay, les pratiques des diplomates français, Paris, CNRS éditions, 2017, 255 p, 24 €.

Christian Lequesne, l’auteur, n’est pas un inconnu dans le « sérail » diplomatique, notamment par des « détachements passés dans des emplois ‘culturels’ » (p 26). Il a, aussi, été directeur adjoint du centre de recherches internationales (CERI) entre 2000 et 2003, puis son directeur de 2009 à 2014.

L’auteur définit (p 13) la diplomatie comme le « mécanisme de représentation, de communication et de négociation au travers desquels [une] autorité politique participe aux relations internationales ». Elle se distingue de la politique étrangère qui est un ensemble de « décisions produites par une autorité politique dans l’environnement international ».

Le ministère français des Affaires étrangères est un ministère légitimiste par rapport à l’État par sa fonction même. Les grèves (p 68 et 87) y sont rares : celle de 2003 contre la baisse des indemnités de résidence était une première et a marqué les esprits. C’est aussi un ministère de serviteurs de l’État, soucieux de « l’indépendance et du rang » de la France (p 160-162) même si les grandes écoles diplomatiques ne conçoivent pas toutes la place des États-Unis dans le tissu de relation de notre pays de la même manière.

Un ministère qui évolue

Le fonctionnement du ministère distingue une administration centrale d’une part et les postes comprenant ambassades et consulats, d’autre part (p 78-79). Le domaine culturel, en administration centrale ou dans les postes, a une place particulière (p 81). Les archives en font partie, situées à La Courneuve (administration centrale) et à Nantes (les postes). Il s’agit d’un service en évolution, notamment sur la question de l’archivage électronique avec le programme Vitam (p 182), « socle » commun à toutes les administrations sur le dossier.

Il existe une distinction également dûe à l’importance des postes (p 91). L’ambassade de France à Washington (États-Unis d’Amérique) compte 410 agents, contre huit pour celle de Bichkek (Kirghizistan). Le cas particulier des postes créés récemment, comme le consulat général ouvert à Erbil (Kurdistan irakien) en 2009, est évoqué. Le « département » connait des évolutions avec des tentatives de colocalisation avec l’Allemagne de la représentation française à Brazzaville (Congo), l’exemple est cité page 92. La stratégie (p 93) consiste actuellement à renforcer fortement la présence française dans les pays du G 20.

Le travail des diplomates est décrit page 98 notamment. Aux pages 109 et 111 sont traitées les difficultés à vivre dans certains postes (en citant Bagdad et Kaboul mais ils ne sont pas les seuls). Au-delà des seuls diplomates, il faudrait parler de tous les agents. La promiscuité mêlant célibataires et familles en zone de tension, la solitude de certains avec l’usage abusif de l’alcool relèvent du système de santé du ministère. Parmi les évolutions, celle présentée page 94 consiste en l’invitation faite aux agents à alterner les fonctions entre les postes diplomatiques et consulaires et l’administration centrale ainsi qu’à varier les types de localisation plus que cela ne se faisait dans les décennies précédentes.

Rome

Les questions romaines sont traitées à plusieurs reprises dans cet ouvrage. La féminisation, relative, de la profession d’ambassadeurs conduit l’auteur à citer, p 67, Catherine Colonna, en fonction près la République italienne depuis 2014. Stanislas Lefebvre de Laboulaye, qui fut ambassadeur en Russie (2006-2008) puis près le Saint-Siège entre 2008 et 2012 est évoqué page 72.

Enfin, le refus d’agrément en 2008 et en 2015 par le Saint-Siège à la nomination de candidats au poste d’ambassadeur de France est traité page 111. Lorsque nous avons présenté ici l’ouvrage de Constance Colonna-Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, nous appelions à l’étude des rapports de force conduisant à la nomination des diplomates, au-delà même de la question de la reproduction sociale (évoquée page 43). Sur ce point, nous resterons sur notre faim. De même à la page 44, si des noms d’origine étrangère sont relevés par l’auteur dans l’édition 2012 de l’Annuaire diplomatique, là encore, nous manquons de données chiffrées sur la force d’intégration de l’administration des Affaires étrangères. La lutte contre le racisme est évoquée dans la même page d’une manière trop allusive : les rapports entre les agents fonctionnaires et le personnel local dans les postes diplomatiques et consulaires mériteraient une véritable étude. La question financière n’y est pas étrangère : le salaire d’un agent local coûte seulement 15 % de celui d’un fonctionnaire titulaire. De la même manière, quelles sont les réticences, officielles ou non, face à des diplomates ayant deux nationalités et parfois s’engageant pour la France puis un autre pays, comme ce fut le cas pour Salomé Zarabichvili ?

Enfin, ce livre permet aux Haut-Alpins de se souvenir que (p 58) « Nicolas Chapuis, ambassadeur de France au Canada en 2016, a ainsi été préfet des Hautes-Alpes de 2009 à 2010 ».

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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