La fraternité humaine pour la paix mondiale

Pape François, Imam Ahmad al-Tayyeb, La fraternité humaine pour la paix mondiale, Paris : Salvator, 2019, 87 p., 7,50 €.

Ce document court et si important La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune comporte la déclaration, co-signée à Abou Dhabi, le 4 février 2019, par le pape François et le grand imam de la mosquée El Azhar pour le 8° centenaire de la rencontre de saint François d’Assise et du sultan d’Egypte Al-Malik Al-Kamil en 1219. À 800 ans de distance, ces rencontres sont toutes deux historiques, prophétiques. La déclaration d’Abou Dhabi compte 17 pages. L’avant-propos souligne que « la foi amène à voir en l’autre un frère à soutenir et à aimer » (p. 9). Le document est rédigé « au nom du Dieu Créateur de tous, de l’âme humaine, et des pauvres ». En finale, El-Azhar et l’Église catholique demandent que ce document soit porté à la connaissance des responsables politiques (locaux, nationaux…), des enseignants, et qu’il soit un appel à rejeter toutes les violences et « une invitation à la réconciliation et à la fraternité entre tous les croyants, entre les croyants et les non-croyants, à toutes les personnes de bonne volonté ».

Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, qualifie cette déclaration d’ « hymne à l’amitié personnelle » qui relie les deux co-signataires. Là est « la vraie nouveauté » (p. 36), celle qui provoque « un déplacement de regard » sur les religions et sur leur mission dans le monde. Le texte original a été écrit en arabe. Mgr Jean-Paul Vesco relève les aspects de « sa forme inédite » : ses formulations coraniques et évangéliques scandant les thèmes de l’Orient et de l’Occident, selon leur réciprocité. Les appels portent sur la fraternité humaine, la liberté de chacun, le dialogue, la protection des lieux de culte, la dénonciation de l’instrumentalisation de la religion et la lutte contre les sources du terrorisme (fourniture d’argent, d’armes, diffusion idéologique…), la renonciation au terme de « minorités » et l’adoption du concept de « citoyenneté », la réciproque nécessité de relation fructueuse entre l’Occident et l’Orient, les droits de la femme, des enfants, et des personnes âgées, handicapées… Mgr Jean-Paul Vesco estime que « les deux chefs religieux font ensemble œuvre de théologie » (p. 60) et que leur regard nouveau produit « une révolution en matière de dialogue interreligieux, pas seulement islamo-chrétien » (p. 51). Le commentaire du Père Henri de la Hougue, de l’Institut catholique de Paris, nous apporte ensuite une analyse sur les relations dans la Bible avec les autres religions, et un « regard historique sur le dialogue islamo-chrétien ». Il insiste pour que cette déclaration soit « une étape importante de notre responsabilité commune de bâtir un monde plus juste et plus fraternel » (p. 85). Que de chemin parcouru, et à parcourir ! Les points de détermination des deux chefs religieux nous sont éclairants pour nos orientations de dialogue interculturel et interreligieux.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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