La planète des saints

François Reynaert, La planète des saints, Paris : Fayard, coll. Pluriel, 2019, 269 p., 9 €.

Selon le titre La planète des saints, le lecteur pourrait attendre une présentation habituelle, laudative, des saints, comme par exemple dans La légende dorée de Jacques de Voragine ou dans La Fleur des saints du père Omer Englebert. Mais, sous la plume journalistique très vive de François Reynaert, le « frère lecteur » (p. 218) découvre un ouvrage atypique, nourri de la culture érudite de l’auteur qui a déjà publié, entre autres, aux éditions Fayard, La Grande Histoire du monde (2016) et Voyage en Europe : de Charlemagne à nos jours (2019). En cette approche socio-culturelle des « saints des traditions chrétiennes », l’auteur s’implique avec vivacité, selon ses propres préférences, pour la période des IVe – VIIe siècles (p. 11). Connaisseur de la vie de l’Église (conciles…), il ne s’aventure cependant pas vraiment sur les questions dogmatiques (l’Assomption p. 162…).

François Reynaert se présente comme incroyant (avant-propos), de laïcité républicaine (p. 166), défenseur de la liberté, et craignant donc que la sainteté ne soit contraignante, circonspect envers les miracles, visions, et autres phénomènes. De ce fait, « voici, pour la première fois à ma connaissance, une vie de saints parfaitement profane » (p. 7), en considérant que le « phénomène » qui entoure les saints est « plutôt sympathique » (p. 14). François Reyneart dispose sa présentation des saints selon le calendrier, en deux semestres, du 5 janvier (saint Syméon le stylite et son ascétisme) au 4 juillet (sainte Elisabeth du Portugal et sa constance familiale), et du 31 juillet (saint Ignace de Loyola et ses Exercices spirituels) à Noël. En interlude, l’auteur regroupe des saints dont les noms sont rares ou insolites.

Le jugement de l’écrivain est très critique sur certains saints comme le Padre Pio et ses « superstitions », sur la Vierge de La Salette et le « mysticisme »(p. 187)… Néanmoins, l’auteur exprime son « respect » envers Jeanne d’Arc et sa « mondialisation » jusqu’en Chine (p. 106), envers les « saints-pathiques », tels Thomas d’Aquin apportant un renouveau philosophique à la Sorbonne, François d’Assise et l’écologie, l’idéal de la pauvreté, Thomas More et L’Utopie pour repenser la société, Charles de Foucauld en son « appel au désert » et en sa conversion (p. 245), sainte Brigitte qui, lors de la guerre de Cent ans, a usé de ses relations pour aider les belligérants à se réconcilier, « tentative sympathique » pour repousser « les horreurs qui ensanglantent notre planète : Moyen-Orient, Inde, Pakistan » (p. 206). François Reynaert aimerait proposer plusieurs nouveaux saints : le saint Être Suprême déjà fêté lors de la Convention, saint Poilu, à fêter le 11 novembre pour « expier les horreurs de la guerre » (p. 234), la jeune congolaise Kimpa Vita ou Mychal Judge, le franciscain américain héroïque secouriste, « soldat martyr » lors de l’attentat de 11 septembre 2001 (p. 182). Au demeurant, l’écrivain pourrait faire place à divers saints très populaires, comme le solidaire saint Vincent de Paul, ou saint Jacques le majeur, vénéré, le 25 juillet, à Compostelle, par tant de pèlerins, marchant depuis de multiples pays, et en tous lieux jacquaires.


Les gravures, bien dans le ton de l’écriture, sont dues à Emmanuel Pierre. Bref, tout en « emmenant le lecteur dans l’histoire du monde » (p. 9) et de sa géographie, le livre ne manque pas d’être décapant tout en fournissant des éléments culturels intéressants. Le lecteur pourra aussi se reporter, comparativement, au récent Dictionnaire amoureux des saints de Christiane Rancé (Plon, 2019) dont la recension est à paraître sur ce blog.


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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