Une lecture contemporaine du « spectateur engagé » du XXe siècle

Gwendal Chaton, Introduction à Raymond Aron, Paris, La Découverte : coll. Repères, 2017, 124 p, 10 €.

Les catalogues des bibliothèques diocésaines témoignent de l’importance de Raymond Aron et de la désaffection actuelle à l’égard de ce philosophe. Cinq titres se trouvent à la bibliothèque de La Castille mais le plus récent est de 1985, vingt-quatre ouvrages au Mistral de Marseille dont deux seulement sont des rééditions de ce siècle (2001 et 2002), vingt-et-un à Aix-en-Provence dont vingt antérieurs à 2000 et le plus récent a été publié en 2005 ! Enfin à Gap, sept ouvrages de Raymond Aron sont référencés dans le catalogue dont une réédition de L’Opium des intellectuels chez Calmann-Lévy en 2004.

Gwendal Châton présente d’abord la biographie de Raymond Aron. Il est né en 1905 à Paris dans une famille juive de la bourgeoisie industrielle. Il est marqué par la Grande Guerre, se forme en Allemagne et s’exile à Londres dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Son œuvre est présentée dans une bibliographie d’autant plus riche que le format du livre est réduit : elle renvoie aux travaux d’Élisabeth Dutartre-Michaut.

L’ouvrage fait ressortir la place d’Aristote et de Max Weber dans la pensée d’Aron, également marquée par Alexis de Tocqueville et Karl Marx. Son analyse de l’œuvre de Marx et de la manière dont elle a imprégné la vie intellectuelle reste l’une des meilleures.

La conclusion de Gwendal Châton attire l’attention du lecteur sur ce qui ne se trouve pas dans l’œuvre de Raymond Aron qui est mort en 1983 : le néo-libéralisme, la mondialisation, l’importance de la finance et la crise actuelle du politique. Pourtant, son travail éclaire cette vie politique par son approche pluridisciplinaire, notamment sociologique. Au final, « la science politique d’Aron […] nous invite à ne pas désespérer de la politique en dépit de son impureté » (p 111).

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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