Faut-il choisir entre prier et travailler ?

Philippe Desmette, Philippe Martin (dir.), Orare aut laborare ? Fêtes de précepte et jours chômés du Moyen Âge au XIXe siècle, Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2017, 248 p., [23 €].

Cet ouvrage traite d’une question a priori paradoxale : la gestion du temps consacré à la fête religieuse par rapport à celui du travail. Ainsi, Philippe Moulis, dans « Prélats jansénistes et calendriers diocésains dans la France septentrionale » (p 115-130) évoque Louis Alphonse de Valbelle (1641-1708) évêque de Saint-Omer. En 1702, il considère (p 119) « qu’un grand nombre de fêtes nuit beaucoup à ceux qui vivent de leurs journées et de leur travail. Tous les évêques de la région transfèrent une grande partie des fêtes des mois de juillet à septembre aux dimanches ».

Pierre de Langle (1643-1724) évêque de Boulogne (p 120) publie de nouveaux statuts synodaux en 1700. Pourtant janséniste, il supprime plus de jours de fêtes que ses confrères voisins, principalement entre juillet et septembre. Philippe Moulis conclut (p 128) que « les prélats jansénistes et ceux qui leur sont proches modifient les calendriers diocésains en même temps que leurs confrères. Les jours chômés et l’assistance à l’office suscitent quelques difficultés dans certaines paroisses. Les curés jansénistes sont plus stricts sur les jours de fête et les dimanches. La fréquentation des cabarets est un problème sociétal qui perturbe la vie paroissiale ».

Nicolas Guyard dans « Identités urbaines et fêtes d’obligation à Lyon au XVIIIe siècle » (p 143-158) traite le même sujet mais dans le milieu urbain de Lyon.

Gaël Rideau dans « La fête processionnelle en France au XVIIIe siècle entre dévotion et police » (p 131-141) rappelle (p 134) le rôle de Mgr François Xavier de Belsunce à Marseille dans l’instauration de la procession du Sacré-Cœur « pour renforcer l’aura de la fête et affirmer sa dimension pénitentielle ».

Cependant, outre les oppositions jansénistes, celles de certains évêques dénoncent (p 135) « la dissipation, les repas, le mélange des sexes […] favorisés par la longueur du périple » des processions. L’auteur de la contribution souligne que la « spiritualisation » va de pair avec la réduction des distances parcourues : messe, exposition de reliques remplaçant une partie du trajet. La restriction de nombre de ces processions relève également du souhait de mieux hiérarchiser les temps de l’année. Enfin (p 142) apparaît à la fin du XVIIIe siècle, à Orléans et à Angers, « l’idée que la présence doit être volontaire et qu’elle répond à des argumentaires d’ordres variés : religieux, social, politique, économique ».

Dans sa contribution (p 175-185) « les fêtes dans le monde réformé (XVIe – XVIIIe siècles) », Yves Krumenacker convoque (p 176) Guillaume Farel qui « expliquait que le Seigneur avait commandé le repos le septième jour, bien qu’il n’y eût pas de distinction entre les jours au sens où aucun n’ ‘était plus digne plus sainct ou meilleur que l’autre’ ; cela condamnant la ‘multitude de festes que ceux qui sont de l’église des iniques ont trouvé pour avoir des messes, offrandes, et semblables choses’ ».

Vincent Petit, quant à lui, donne « calendrier légal et temps religieux. Célébrer la messe pro populo de Benoît XIV à Pie IX » (p 221-240). Il donnera une conférence à Gap sur l’histoire de la liturgie le 23 avril 2020.

Dans leurs conclusions, les coordinateurs écrivent (p 248) qu’aujourd’hui « si les subtilités calendaires échappent à beaucoup, elles demeurent des points de frictions entre courants catholiques, certains milieux traditionnalistes refusant la liste des fêtes données par Rome ».

Luc-André Biarnais
archiviste du diocèse de Gap et d'Embrun

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