Va et rebâtis ma maison

Mgr Bruno Valentin, Rebâtir l’Église ou laisser tomber ?, Paris : L’Emmanuel, 2020, 156 p., 16 €.

En ces circonstances de révélations de scandales (pédocriminalité, abus d’autorité, dérives spirituelles, cléricalismes…), l’Église semble s’effondrer… Des déçus la « laissent tomber », et la quittent. Après des responsabilités paroissiales, évêque auxiliaire de Versailles, Mgr Bruno Valentin appelle à avoir l’Église au cœur (sous-titre et p. 47). Il fait valoir la parole du Christ à François d’Assise en 1205 (p.11, 13, 101, 151) : « Va, et rebâtis ma maison ».  Dans cette perspective, Mgr Valentin procède en trois étapes : d’abord, situer le vrai sens de l’« appartenir » à l’Église ; puis comment « participer » pour sa reconstruction, enfin, plus concrètement, comment rebâtir l’Église.

Les repères et les enjeux de l’ « appartenir » à l’Église ? L’auteur souligne l’intérêt de « la vision de l’Église radicalement renouvelée par Vatican II à travers Lumen Gentium et Gaudium et Spes » (p. 23). Le lien à l’Église est à saisir, non de l’extérieur, mais de l’intérieur, comme au sein d’une famille, celle où « se noue une véritable amitié personnelle avec Jésus Christ ». Le Peuple de Dieu nous est offert par l’amour du Dieu-Trinité, à qui trois filsnous relient intimement ; le fil du salut, le fil de la grâce de sainteté, et celui de l’action de l’Esprit Saint. L’auteur a le souci de faire reposer sa réflexion sur « une anthropologie chrétienne. Jailli du cœur de la Trinité, le lien à l’Église atteint chacun plus profondément qu’aucune autre réalité humaine, en plein cœur » (p. 48).

Participer à la vie de l’Église ? Oui, comme les pierres du solide pont que le Christ constitue par son double ancrage « pontifical » décisif : son ancrage divin auprès du Père et son ancrage humain auprès de nous (p. 58 et suivantes). L’eucharistie est le sacrement-pont où chacun apporte la vie humaine de son entourage pour en faire offrande vers le Seigneur. Avec l’eucharistie au cœur, l’Église se laisse sanctifier au sein d’un « peuple de prêtres » stimulé, « dans le Souffle de l’Esprit Saint », par une articulation féconde entre le sacerdoce baptismal et le sacerdoce ministériel, évitant les formes de cléricalisme et d’ « autoréférentialité » (pape François, p. 87). Mgr Bruno Valentin appelle ici à déployer les responsabilités des laïcs, notamment des femmes selon leurs charismes (p. 91). Concernant les prêtres, il renvoie à l’étude du cardinal Marc Ouellet Amis de l’Époux, pour une vision renouvelée du célibat sacerdotal (Parole et Silence, 2019).

Rebâtir ? Comment être acteurs sur « le chantier de restauration de l’Église entière » ? D’abord bien lier la mission et le service des pauvres (Lc 16,19), vivre l’œuvre de l’Esprit dans l’amour mutuel et la joie (Actes 2 ; Jn 15,11), se tenir dans une prière fervente et persévérante, saisir la rude opportunité actuelle comme démarche de purification profonde, donner à l’encyclique Laudato Si’ toute sa force si contemporaine où le Créateur nous appelle à une « écologie intégrale » de respect de la création et de combat pour la justice. En tout cela, « l’Église n’est pas tant à inventer qu’à recevoir du Dieu-Trinité » pour « rendre visible la présence de Dieu dans son Église » (p. 132). Car elle est « mystère », plénitude qui « procède d’une union indissoluble de l’humain et du divin » (p. 140).

Ce livre est écrit dans un style particulièrement vivant, interpellant, riche d’exemples pastoraux, de comparaisons avec la vie quotidienne et avec le sinistre de l’incendie de Notre-Dame de Paris. En plusieurs points, Mgr Bruno Valentin rejoint la pensée de Mgr Luc Ravel en son livre Comme un cœur qui écoute (2019) concernant les abus et appelant à une profonde conversion du cœur de chacun. L’auteur ici s’appuie fortement sur la Parole de Dieu, sur des saints, ces « influenceurs décisifs » (p. 34) et des mystiques (saints Ephrem, Bernard, François de Sales, Thérèse de Lisieux et d’autres, tout récents), sur des théologiens (d’Origène au père Henri de Lubac, Méditation sur l’Église) ainsi que sur le magistère : la vision conciliaire de l’Église, les enseignements de Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, et du pape François (ses exhortations, Laudato Si’…). La conclusion appelle à entrer dans les évangéliques « gestes du regard », ceux de Jésus le Ressuscité portant toujours les plaies de sa Passion, regardant l’Église son épouse avec amour et miséricorde. Ainsi « à cette heure de l’histoire de l’Église » (p. 130), en ce nouvel « avent » (p. 146), avec un dynamisme communicatif, Mgr Bruno Valentin veut-il participer à relancer la confiance au Christ Sauveur, et en la grâce du Dieu-Trinité pour « contribuer au chantier de la reconstruction de notre Église » (p. 151).


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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