Le Dieu qui donne la vie

Vincent Morch, À la recherche du Dieu vivant, Paris : Salvator, 2018, 180 p., 20 €.

Cette recherche est remarquable du fait que l’auteur prend à bras-le-corps la notion de « vie », si bousculée actuellement par les sciences et les pratiques biotechnologiques. Il mène son enquête sur la rude confrontation de la vie envers la mort. Et il s’agit alors d’accueillir l’originalité et la force de la révélation biblique sur ce Dieu reconnu comme « le vivant », et sur l’événement de la mort du Christ et de sa victoire par la résurrection.

Philosophe et éditeur, Vincent Morch a déjà publié un Petit éloge de la vérité (2015) et un ouvrage d’attention aux Exclus. Aux marges et aux confins (2017). Il remarque ici qu’il n’y a pas encore beaucoup d’études sur l’identité du « Dieu vivant », et que, sous ce titre, le livre de Romano Guardini (Artège, 2000) se situe dans le domaine de la spiritualité. Réfléchissant sur la « vie », l’auteur part de l’ambition prométhéenne actuelle de « créer la vie de toute pièce » (p. 9) selon la visée du transhumanisme et selon la référence qu’il fait à Thierry Magnin dans Penser l’humain au temps de l’homme augmenté (2017). Le contexte socio-culturel et médico-technologique présent fait rebondir la question : « Quelle vie est donc la nôtre ? ».

De là, Vincent Morch esquisse un « chemin philosophique : de l’expérience du vivre au Dieu vivant ». Il relève dans la Bible les occurrences sur le « Dieu vivant », de la Genèse (16,14) jusqu’à l’Apocalypse (p. 12, etc). Pourtant, il faut d’abord sonder le mystère de l’affrontement à la mort, entre « épreuve » personnelle incontournable et désir d’une « vie absolue ». Mais « préparer sa mort [est] un hymne à la vie », selon le titre de l’ouvrage cité, de Nicolle Carré (2013). L’auteur choisit la perspective d’une philosophie personnaliste, surtout du fait qu’il faut s’interroger sur « la personne insubstituable », assez « introuvable », mais « inviolable, sacrée » (p. 78). Avec Vincent Morch nous pouvons faire le chemin essentiel allant « du Dieu des philosophes au Dieu personnel trinitaire ». Le Dieu vivant se révèle alors comme un Dieu aux « entrailles sensibles » avec le Serviteur souffrant (p. 96). Ce Dieu libre fait reculer la nécessité, le destin, et suscite la vie (zôê, p. 119), la liberté, et la possibilité de l’histoire. Le « Dieu vivant » découvert ainsi est tellement un Dieu de liberté qu’il nous libère des multiples idoles et du mal. Au plus profond, source de liberté, le « Dieu vivant », plutôt que « Dieu de la vie » (p. 148), est un Dieu qui sauve de tout mal, du péché, et de toute mort. Il se manifeste en plénitude en son Fils, le « Christ vivant médiateur de Vie ».

Dans un développement très lié en ses étapes successives, cette solide réflexion et cette enquête de Vincent Morch présentent un véritable parcours catéchuménal très pédagogique. La bibliographie renvoie aux philosophes classiques (Platon, Aristote, Hegel…) ou plus récents (Kierkegaard, Nietzsche…), à la tradition chrétienne (saint Augustin, Catéchisme de l’Église catholique…), et aux penseurs actuels (Vladimir Jankélévitch, Giorgio Agemben, Rémi Brague, Judith Butler, Hugo Tristan Engelhardt, Jean-Gabriel Ganascia, Fabrice Hadjadj, Thierry Magnin, Joël de Rosnay,..). Référence est faite au « post-moderne » François Jullien (p. 42-53), pour La philosophie du vivre (2015), étude poursuivie dans les Ressources du christianisme

(2018). Les recherches, denses, de Vincent Morch se terminent par son acte de foi et par son hommage aux disciples du Christ le Vivant, car, au cœur des populations du monde, ils forment eux-mêmes « une assemblée de vivants vivifiants », depuis les apôtres jusqu’à Mère Teresa et d’autres. « [Vivifiants,] ils sont nos maîtres » pour devenir soi-même « une ancre pour les âmes qui sont encore à naître » (p. 173)


Père Pierre Fournier
membre de l'équipe du service de formation permanente
diocèse de Gap et d'Embrun

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