L’Île-Bouchard, une grâce pour notre temps

L’ÎLE-BOUCHARD, UNE GRÂCE POUR NOTRE TEMPS du frère Benoît-Dominique de La Soujeole, Éd. de l’Emmanuel, juin 2017, 124 p.

Notre nouvel évêque, Mgr Xavier Malle, a beaucoup travaillé pour les célébrations du 70e anniversaire des événements survenus à L’Île-Bouchard, sans pouvoir y participer à toutes en raison de sa nomination à Gap. Dans ce livre sorti juste avant l’été, le père Benoît-Dominique de La Soujeole expose les faits et le message suite à l’enquête qu’il avait menée en 2000 lorsqu’il avait été mandaté par Mgr André Vingt-Trois, alors archevêque de Tours, pour « faire partie d’une commission chargée d’étudier les faits et le message ». « La rectitude doctrinale du message [ayant] été reconnue » (préface de Mgr Bernard-Nicolas Aubertin), cette enquête avait abouti en 2001 à un décret d’autorisation des pèlerinages et du culte public, en attendant une éventuelle reconnaissance officielle des apparitions.

Le dominicain, par ailleurs ancien juge d’instruction, avoue que lorsqu’on était venu le chercher pour cette enquête, « sa réaction spontanée n’a[vait] pas été d’un grand enthousiasme » (p. 13). Il dit ensuite l’intérêt qu’il y a trouvé : « l’insignifiant aux yeux des hommes cachait une grande richesse » (p. 14).

Dans ce petit livre de 124 pages, il présente clairement les faits et le message dans une première partie, la « résonance » universelle de ce message dans une courte deuxième partie, et dans une troisième ce qu’on est emmené à trouver (et à ne pas trouver) lorsqu’on se rend sur place dans ce petit village de Touraine. La première partie est de loin la plus fournie. En passant presque sous silence la Vierge Marie, il analyse et commente en théologien la présence d’un ange, la demande de Marie de prier pour la France – « la vocation d’une nation, qui la fait entrer à un moment et pour une œuvre dans l’histoire du salut, n’a rien d’arrogant » (p. 51) –, et celle de prier pour la famille.

Ce livre évite l’écueil d’une récupération nationaliste et populiste d’une prière pour la France et pour la famille. Au contraire même, il rappelle que le nationalisme est « une régression de la nation vers le clan ou la tribu, une sorte de sentiment d’attachement « brut » à son pays, motivant des comportements égoïstes, dominateurs, fanatiques et xénophobes » (p.45). On sent bien que la question de la vocation d’une nation, déjà exposée dans la première partie, est une question centrale et délicate puisqu’on la retrouve développée dans les quinze pages de l’annexe (p. 105-119) (texte d’une conférence de 2007). L’auteur renvoie aussi en notes à ses études sur le sujet (p. 44), toutes publiées aux Éditions de l’Emmanuel. On regrettera cependant le peu d’enracinement scripturaire, voire patristique, sur cette question*, alors que l’auteur a pris soin de consacrer un chapitre entier au Notre Père pour traiter de la prière. Peut-être cela est-il dû à l’univers thomiste dans lequel baigne l’auteur.

Pour finir, ce petit clin d’œil entre L’Île-Bouchard et le Laus. Pour le Laus le décret de reconnaissance des apparitions signé en 2008 par Mgr Jean-Michel di Falco Léandri commence ainsi : « Depuis 1664, nombreux sont les catholiques qui viennent en pèlerinage au sanctuaire de Notre Dame du Laus, à Saint-Étienne-le-Laus, pour y vénérer la Vierge Marie et prier la vénérable Benoîte Rencurel. Ces pèlerinages ont accueilli de nombreux fruits de la grâce divine. Sans jamais céder à l’attrait du sensationnel, ils développent un esprit de prière et contribuent à la croissance de la foi des pèlerins. » Pour L’Île-Bouchard, le décret autorisant les pèlerinages (présenté en p. 11) signé en 2001 par Mgr André Vingt-Trois commence ainsi : « Depuis 1947, de nombreux catholiques viennent en pèlerinage à l’église paroissiale Saint-Gilles de L’Île-Bouchard pour y vénérer la Vierge Marie. Ces pèlerinages ont porté de nombreux fruits de grâce. Sans jamais céder à l’attrait du sensationnel, ils développent un esprit de prière et contribuent à la croissance de la foi des participants. » La similitude est frappante. Normal, puisque la formulation de l’un a inspiré celle de l’autre.

Pour résumer : ce petit livre de vulgarisation est excellent pour une première approche des événements de L’Île-Bouchard par un théologien dont la réputation n’est plus à faire et qui a pu consulter des documents de première main.

Thierry Paillard,
ancien séminariste du diocèse de Tours

 

* Concernant la place et le rôle des nations dans l’économie du salut, la sollicitude dont chacune est l’objet de la part de Dieu, on peut lire avec profit pour compléter le très classique ouvrage du cardinal Jean Daniélou, Les anges et leur mission d’après les Pères de l’Église, consultable à la médiathèque diocésaine Mgr-Depéry à Gap.

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